Dromologie 02

Du bon usage de la dromologie en temps de crises

Thierry Paquot & Sophie Virilio

Les accidents sanitaires, géopolitiques, climatiques, migratoires, sociaux, se suc-cèdent, s’interpénètrent, se prolongent. Les « fortifications » anti-Covid de Shanghai se sont ajoutées aux 12 000 km de murs anti-migrants ou anti-intrusions de l’Union européenne et aux milliers de kilomètres des murs américain, coréen, israélien, indien, marocain…
Les effets de l’accélération du monde se multiplient. L’analyse fait défaut.

Paul Virilio expliquait qu’au-delà de la pollution de la nature, existe une pollution liée à l’accélération, pollution qu’il nommait l’écologie grise. La dromologie — cette étude du rôle de la vitesse dans notre société — ne se prétend aucunement une « science exacte », mais une capacité à saisir différentes temporalités, pluralité d’instants synchronisés ou non, générés par des causes diverses souvent insoup-çonnables, imprévisibles, incertaines.

Dans la rubrique Changement d’ère, Dromologie 02 propose différentes manières de voir. Résolument critique, avec Systémique dromologique, Stéphane Paoli ana-lyse ce nouveau monde des interdépendances accélérées ; Laurent Vidal traite Du ralentissement comme katastrophé et nous propose une écologie des rythmes comme poïétique, Stéphane Paoli aborde L’Anatomie du déni, tandis que François Jarrige s’essaie à une Généalogie de l’accident et Thierry Paquot explore la panique dans les villes et ce qu’il nomme l’Urbicide.

Des textes temporalisant ce qui est arrivé et qui arrive encore, démontrant, une fois de plus, que nos certitudes sont conditionnées à ce qui les invalide…

Dromologie 02 — c’est aussi, et c’est notre Une — Le Musée de l’Accident.

Un musée — imaginé par Paul Virilio — capable d’exposer et d’analyser de manière critique les accidents du progrès. Un musée qui révèle les mécanismes à l’œuvre dans ces « crises accidentelles ». Nous en sommes là aujourd’hui et Hala Wardé présente les premiers dessins de ce musée en devenir et de la bibliothèque qui le préfigure.

Plusieurs articles interrogent cette accidentologie en cours d’élaboration : Frédérick Lemarchand avec Tchernobyl, une impossible muséographie du temps ; l’architecte et artiste conceptuelle américaine, Elizabeth Diller dans son interview avec Ethel Buisson : L’imprévisible musée de Elizabeth Diller.

À Londres et à Paris, Eyal Weizman de Forensic Architecture et Francesco Sebregondi de Index, expliquent, dans des entretiens, menés par Jac Fol et Jean Richer, comment ils utilisent les méthodes de travail et les outils des architectes pour leurs enquêtes sur les crimes d’État.

Pour mieux questionner cette ressource immatérielle qu’est l’accident, nous avons aussi interpellé peintres, historiens, réalisateurs, danseurs, scénographes, musiciens, architectes, archéologues, géographes… Ernest Pignon-Ernest, Angelin Preljocal, Augustin Berque, André Delpuech, Viana Conti, Christian Sander, Yannick Rumpala, Nicolas Giraud… Et beaucoup d’autres — dont nous retrouverons éga-lement les propositions sur le site dromologie.org — ont répondu présents.
« On imagine difficilement une société qui nierait le corps comme on a progressi-vement nié l’âme, c’est pourtant vers celle-ci que nous nous dirigeons », avertissait Paul Virilio en 1984. Notre résistance se concentre dans les projets que nous vous dévoilons ici et dans ces lignes d’encre… Il y a longtemps déjà, Gaston Bachelard nous invitait à redonner à la pensée sa turbulence. Alors oui, prenons le parti du gai savoir de la contestation ! Chères lectrices, chers lecteurs, « nos sœurs, nos frères », comme disait Baudelaire, nous vous souhaitons une bonne lecture !

 

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